Bordeaux 2021 : la revanche du terroir !
- carolinadani
- 13 août 2022
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 26 nov. 2022
Avec les trois derniers millésimes, denses, solaires et opulents, on pourrait presque penser que l’exceptionnel est devenu la norme à Bordeaux. L’année de 2021 est donc là pour nous rappeler l’essence même des vins de Bordeaux : de la densité et de la profondeur combinés à une élégance et à une droiture rarement comparable dans le monde.

C’est un grand millésime de terroir, dont le travail acharné des vignerons et la résilience des grands sols ont pu dompter les aléas de la météorologie pour donner naissance à des vins d’une qualité surprenante. Après un tiercé exceptionnel (2018, 2019 et 2020), marqué par des vins opulents et solaires, 2021 renoue avec des standards plus classiques à Bordeaux, en affichant des vins précis, aromatiques, frais et gourmands. C’est la consécration d’une année qui restera certainement marquée dans les esprits bordelais comme l’une des plus difficiles des dernières décennies et dont la réussite s’est dessinée tardivement.
"Tout le mérite de cette année revient à ceux qui ont été dans la vigne", souligne avec reconnaissance, Jacques Thienpont, propriétaire du Château Le Pin.
Une saison contrastée
La saison 2021 a été orchestrée par des conditions climatiques contrastées et par une série d’accélérations et ralentissements du cycle végétatif des vignes. L’année a débuté par un hiver doux et pluvieux, laissant présager d’une saison précoce. Le mois d’avril est apparu sous un climat particulièrement clément, ce qui a favorisé le débourrement de la vigne (étape du cycle végétatif où les bourgeons commencent à se développer).
Malheureusement, cette précocité s’est avérée dangereuse. Les gelées printanières de débout avril ont affecté tout le vignoble bordelais, entrainant une perte de récolte, dramatique par endroits. Si certains châteaux n’ont pas été affectés par ces gelées, d’autres ont perdu entre 20% et 50 % de leur récolte. Le volume total à Bordeaux est en baisse de 15% par rapport à l’année de 2020.
Ensuite, le mois de mai est arrivé pluvieux et frais, ce qui a entraîné une croissance lente de la vigne. Début juin, des conditions plus estivales se sont installées, en permettant à la floraison de se dérouler sous un climat favorable, avec une semaine de retard sur la moyenne des vingt dernières années.
Mais dès la deuxième partie de juin, des orages ont frappé la Gironde, avec des précipitations abondantes sur certains secteurs. La vigne a continué à pousser, mais les pluies fréquentes n’ont pas favorisé le bon déroulement de la nouaison (quand les baies commencent à se former), en impactant la taille des grains. Château Margaux (Margaux), par exemple, a enregistré les baies les plus grosses de son histoire depuis 2004 ! Les averses ont continué en juillet, globalement gris et frais, ce qui a intensifié les attaques de mildiou, des champignons qui parasitent les feuilles et qui peut s’avérer destructeur pour les vignes.
Arrière-saison salvatrice
A cette étape de l’année, rien ne laissait deviner avec précision la qualité du millésime. Les vignerons - épuisés, mais pas dépassés - avaient déjà affronté toutes sortes de pression : gelées printanières, puissantes attaques de mildiou, été frais et peu ensoleillé. "Ce n’est pas un millésime de concept ou d’idée, mais d’action", nous rappelait Baptiste Guinaudeau, propriétaire du Château Lafleur (Pomerol). Mais, à la fin de l’été, le soleil est enfin apparu ! S’en suit quatre semaines d’un temps chaud, sec et ensoleillé. Cette arrière-saison clémente a été salvatrice et bénéfique à la maturation des raisins, notamment des Cabernets, cépage plutôt tardif, qui ont pu bénéficier du temps ensoleillé d’octobre. Leur récolte se sont faites dans des conditions très favorables, en faisant de 2021 une grande année des Cabernets. Plusieurs vins, d’ailleurs, ont affiché des pourcentages historiques dans leur assemblage, tels que Angélus, à Saint-Emilion (60% de Cabernet Franc), Le Pin, à Pomerol (21% de Cabernet Franc), Rauzan-Ségla, à Margaux, (75% de Cabernet Sauvignon) ou Duhart-Milon, à Pauillac. Plus que jamais, les décisions prises dans la vigne, notamment sur les dates de vendanges, ont été déterminantes. "C’est un millésime avec beaucoup de disparité. Certains ont vendangé tôt, car ils avaient peur de perdre leur récolte", expliquait Jacques Thienpont, du Château Le Pin (Pomerol).
D’autres ont préféré attendre, comme le Château La Conseillante (Pomerol) qui a enregistré en 2021, tout comme en 2016, les dates de vendanges les plus tardives de son histoire.
Les vins
Comparé aux 3 millésimes précédents, 2021 renoue avec des standards plus classiques à Bordeaux. Les rouges sont frais, précis, gourmands, très aromatiques et affichent des dégrées d’alcool moins importants, parfois avec plus de 1 dégrée de différence, comparés à 2020 ou à 2018. Moins opulents et denses que ces prédécesseurs, les vins ne manquent pas de structure pour autant. "La qualité des tanins fait la qualité de ce millésime. C’est un millésime transparent. On sait où on est", expliquait Jean Garandeau, Directeur Commercial du Château Latour (Pauillac).
Dans le chai, l’un de plus grands défis était celui de ne pas trop appuyer sur les extractions. Comme les baies de raisins ont été plus grandes, dû à une saison plutôt humide, certains vinificateurs craintifs pourraient être tentés de compenser le risque de dilution par des extractions plus poussées. Or, nous constatons que la majorité des producteurs ont su équilibrer avec brio structure, densité et gourmandise. Les grains de tanins sont précis, droits et bien intégrés. "On n’est pas dans l’exubérance, mais dans la précision. Pas dans le crémeux, mais dans le velouté", remarquait Laura Dusser, du Château Nenin (Pomerol).
Pendant mes dégustations à Bordeaux, de jolies notes florales me soufflaient souvent au nez et les mots qui revenaient sur les lèvres de tous les vignerons c’était de la gourmandise, de la transparence et de la buvabilité. En effet, j'avais parfois l’impression de pouvoir déjà déguster ces vins, tellement le plaisir se faisait immédiat. Je finissais souvent mes dégustations par des jolies notes salines en fin de bouche. Et, pourtant, les vins étaient loin d’être prêts !
Et même si certains châteaux, comme Margaux (Margaux), Nenin (Pomerol) ou Lafleur (Pomerol), tempéraient le profil classique du millésime, il semblait avoir un consensus autour du fait que 2021 renouait avec les principaux marqueurs des années fraiches et plutôt océaniques de Bordeaux.
"On revient à des standards qu’on a pu connaitre par le passé et à une belle expression du terroir. Je pense que si on n’avait pas eu les 3 dernières années, avec beaucoup d’opulence et de densité, ce millésime aurait été considéré par la presse comme un très grand millésime classique", constatait Bertrand-Nicolas, co-gérant du Château la Conseillante.
Avec les trois derniers millésimes, denses, solaires et opulents, on pourrait presque penser que l’exceptionnel est devenu la norme à Bordeaux. L’année de 2021 est donc là pour nous rappeler l’essence même des vins de Bordeaux : de la densité et de la profondeur combinés à une élégance et à une droiture rarement comparable dans le monde.
"C’est une belle surprise d’arriver à ce résultat, après l’année que nous avons traversée. C’est un joli millésime de respiration », soulignait avec soulagement Véronique Sanders, Directrice Générale du Château Haut-Bailly (Pessac-Léognan).
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